Joseph Agostini



Psychologue clinicien, chroniqueur sur RTL et Le Huffington Post, Joseph Agostini est l’auteur de différents essais, romans et pièces de théâtre. En dix ans, ce touche-à-tout a signé des dizaines d’ouvrages avec pour seule constante, l’investigation de l’inconscient. Il se raconte dans une interview-portrait émaillée d’expériences personnelles.



Joseph Agostini
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Comment avez-vous accédé à l’écriture ?

A vingt ans, j’ai écrit mon premier ouvrage, Sceptique et fanfaron, né à la suite d’une dispute avec la journaliste Daniela Lumbroso. Il s’agissait d’un malentendu entre nous car j’avais mal utilisé le mot « fanfaron » dans une lettre que je lui avais adressée pour lui demander un stage sur LCI. C’est sur un acte manqué doublé d’un lapsus que tout a commencé ! Daniela m’a pardonné et je lui voue toujours une amitié sans faille.

Un acte manqué doublé d’un lapsus


A quel moment avez-vous écrit pour le théâtre ?

A vingt ans, j’étais déjà journaliste pour Théâtral magazine. A cette époque, Hélène Chevrier, la rédactrice en chef de la revue, m’a proposé de la rejoindre. Mais le métier de critique est limitant. Regarder le travail des autres pour le commenter me faisait surtout concevoir une vraie frustration ! Aussi, j’ai décidé d’écrire moi-même des spectacles pour le théâtre. J’ai créé ma première pièce, Les thrènes des roses qu’on assassine, que Robin Renucci a choisi de représenter aux rencontres Internationales artistiques de Haute Corse. Meg Galetti Boucrot, une poétesse de quatre-vingt-douze ans, amie et inspiratrice des surréalistes, y a tenu le rôle principal lors des représentations parisiennes. Je n’en croyais pas mes yeux ! Cela m’a certainement donné une confiance que je n’avais pas dans mon écriture.


Chacun sait qu’il peut tuer l’autre avec les mots



En 2009, vous avez fait votre premier Avignon avec On peut se pendre avec sa langue, un spectacle sur la violence des mots. Racontez-nous de quoi il s’agissait.

J’ai écrit ce seul-en-scène pour une femme bien avant d’avoir rencontré Camille Solal, qui l’a incarnée à Paris et Avignon. J’ai interviewé Camille pour ses prestations remarquables dans une soirée culturelle. Elle était à la fois hilarante et grave, comme mon texte je l'espère. Quand elle l’a lu, elle eut l’idée de le monter. Nous avions, je crois, tous les deux l’envie d’évoquer ce sujet. La pièce commençait par un terrible : « Chacun sait qu’il peut tuer l’autre avec les mots ». Quand je voyais Camille vivre ce personnage, je ne savais plus si elle l’était ou si elle le jouait. Je ne le sais toujours pas ! Cela reste un souvenir cuisant.

Et puis, vous avez écumé les thèmes avec vos différents spectacles de société : Ajoutez comme ennemi, Barbarie Land, Le dernier secret…


L’humour pour se défendre contre le Réel


Chaque année, j’ai fait Avignon avec un thème de prédilection. J’ai visité les camps d’Auschwitz et j’ai écrit Barbarie Land. J’ai eu connaissance d’un impensable secret de famille et j’ai proposé Le dernier secret… Mon écriture est connectée à l’inconscient, qu’il soit individuel ou collectif. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver le sens caché derrière le su, l’évident, le sentimental, l’artificiel. Et puis, l’humour reste, peut-être mieux qu’aucune autre, ma meilleure manière de me défendre face au Réel.


En tant que psychologue, psychanalyste, vous continuez de débusquer cet inconscient dont vous parlez, mais cette fois dans des essais et des romans.

Cela est né d’une rencontre, encore, avec l’éditeur François Sirot. Nous avons choisi de mettre des artistes populaires sur le divan de Freud. Il n’y a rien de tel que la chanson pour nous mettre à nu. François Truffaut disait que les mélodies que chacun fredonne dans les rues contiennent nos vérités les plus intimes. Gainsbourg et Dalida ont dit tant de choses. Je rêvais de me pencher sur leurs œuvres avec les outils de la psychanalyse. Et puis, François m’a proposé également de créer des manuels de vulgarisation de ma pratique, d’évoquer la perversion, la folie, la névrose, l’amour, la mort. Il m’a demandé d’être à la fois simple, drôle et pointu, et j’ai essayé de m’atteler à cette mission.


Une mission impossible ?

Toujours ! A l’impossible, nous sommes tous tenus, mais cela ne doit pas nous empêcher d’essayer, de libérer la psychanalyse des cénacles essorés, des assemblées de vieux praticiens rabougris et sans âme. La psychanalyse, c’est la vie, le désir, l’inventivité ! Elle est indissociable de mon travail d’auteur.

Qu’est la psychanalyse selon vous ?

Une affaire de transmission. Sans Marika Vollmann, Patricia Santoni, Éric Villette, Alain Vanier, des psychanalystes qui ont beaucoup compté pour moi, je n’aurais pas pu exercer mon métier. J’ai tout appris de mon analyse et de celles de quelques autres.


En quoi restez-vous fidèle à votre Corse natale ?

Je crois que tout mon travail d’auteur Dit, en filigrane, d’où je viens. Cela fait trace dans mon écriture. Je me sens très proche d’auteurs insulaires brillants, comme Maxime Pierluisi, Jérôme Ferrari, Marie Ferranti. Mon roman La traversée des mensonges est avant tout un roman visant à dire cet attachement à mon île, à mon enfance, à cette insondable nostalgie que nous avons presque tous quand nous regardons qui nous ne sommes plus.


Interview, Le Huffpost, 2019


Joseph Agostini
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